Un pur rêve, une putain d'illusion pas encore tout à fait brisée. Zoé y croit un peu, même la plus infime partie d'elle croit toujours à ces choses secrètes qui feraient d'elle la plus belle et la plus épanouie des femmes. Elle se laissait aller au gré du vent et de la destiné qui soufflait en elle ; une part de liberté dans ce corps si fragile et cet esprit tourmanté, cette liberté naïve qui fait d'elle cette femme pas tout à fait adulte, mais qui obligée de l'être. Zoé était cette fille, une dépravée dans les yeux de laquelle une petite étincelle essayait toujours de briller, au fond. Il fallait y regarder attentivement, se concentrer sur sa vue, et y croire très fort. Et là, comme par miracle, comme tombé de nul part, l'éclat pas très net de cette flamme, qui surgissant du néant, apportait un sourire sur ses lèvres, mais trop vite estompé par la dur réalité du monde qui refaisait surface presque immédiatement. Et en une fraction de seconde, l'étincelle se cachait bien loin en elle. Zoé était pessimiste. La clarté assombrie de cet appartement ne tendait pas à lui redonner l'envie d'avancer. Tout était propice à cette chute vertigineuse, comme elle le révait souvent ; un trou noir, un bruit assourdissant, un regard vide de tout sentiment, et le vertige, la pente, la chute éternelle. Elle ne croyait plus en beaucoup de choses, elle aurait voulu y croire mais la flamme du bonheur était trop petite et bien trop fragile pour faire face à tant de cruautés qui l'entouraient. Les Hommes ne la comprenait pas, et tant mieux, car elle ne les comprenait pas non. Un refus de toute socialisation, qui bien malgré elle, la rendait si peu interessante aux yeux des autres. Seulement une personne avait su déceler en elle cette partie si charmante et belle qui l'habitait mais dont elle s'obstinait à ne pas extérioriser. Mais, passons, Zoé ne comprenait pas pour autant la logique de son espèce. Comme si tout autour d'elle, les divinités, les gens, l'au-delà, les esprits, les objets ; comme si tout s'était retourné contre elle, destiné à lui faire face avec violence. Sans doute, Zoé se sentait pitoyable, mais elle ne changerait pas, et pour qui aurait-elle du le faire ? L'endroit la déprimait, mais elle ne l'était pas. Des soirs, Zoé se posait sur un fauteuil, dont le tissu déjà bien usé par le temps commençait à se trouer, et son esprit partait d'ici, vagabondait à travers des champs de fleurs, le parfum qui l'enivrait et lui rappelait les doux moments de l'enfance, une légère brise qui caressait ses cheveux et faisait ressortir cette peau si délicate de jeune fille et ce sourire presque trop parfait ; alors elle courait jusqu'à perte de vue, comme si plus rien ne la retenait, même pas les mises en garde de sa mère, même pas les chaines invisibles qui bloquait tout en elle à ce moment là, même pas la douleur de ses jambes qui n'en pouvaient plus ; elle ne ressentait plus rien, et courait, bougeait ses bras tels un oiseau apprenant à voler afin de quitter le nid, elle voulait s'en aller pour toujours et ne plus revenir, voler vers la joie et l'évasion, le rêve tout simplement. C'était son souhait le plus cher. On sonna à la porte. Personne ne venait jamais sonner chez Zoé, elle se fichait de l'importance des gens, quels qu'ils soient, elle n'appartenait à plus personne désormais. Sa solitude devenait telle qu'elle se parlait à elle-même, bien plus souvent qu'on l'imagine. Un coeur troué mais pas tout à fait foutu. Elle voulait s'en aller, comme pour recommencer cette nouvelle vie qu'elle attendait tant. Plus rien à part lui ne pourrait la retenir. Les larmes, le sourire. Zoé était vraiment d'un naturel décevant et pessimiste, comme s'il existait en elle un gêne capable de refuser de goûter à toute sorte de bonheur aussi futile qu'il soit, et qui la rende dans cet état de décomposition sociale. Elle voulait y croire malgré son inaptitude à la croyance et sa capacité à la défaite. Sur son fauteuil sentant le moisi, contre cette tapisserie au mur infesté d'humidité, elle se laissait aller au rêve et au songe; et de l'extérieur, par la fenêtre, celui qui était venu sonner quelques minutes auparavant, aperçevait la lumière, il voyait la flamme, l'étincelle qui s'était ravivée en elle et qui éclairait son visage, il la voyait, et esquissa un sourire perturbé. Il monta dans sa voiture, et partit. Elle ferma les yeux, et sourit.