Je suis machiavélique.

Charlène G.
Lycéenne
Sensible
Sadique
# Posté le samedi 19 avril 2008 09:57
Modifié le samedi 19 avril 2008 15:16

Si la vie n'était qu'un jeu, on ne se poserait pas tant de questions.

Si la vie n'était qu'un jeu, on ne se poserait pas tant de questions.


Ce soir-là quand elle rentra, Zoé ne remarqua pas tout de suite ce qui l'attendait. Elle ouvrit la porte de l'appartement dont elle avait horreur. Il était étroit, vraiment trop petit si elle avait voulu y aménager avec quelqu'un. Ce qui frappait était l'étrange ambiance qui y régnait et qui inspirait simultanément la tristesse, la peur, la solitude. Pour faire court, il était lugubre. Il faisait froid et il donnait l'impression d'y avoir quelque présence surnaturelle à nous en donner des frissons incontrôlables. Zoé s'y était installée depuis peu, quelques semaines, ou quelques mois tout juste et n'avait jamais pris le temps vraiment de déballer les cartons. Tout était primaire, la décoration inexistante - l'unique verdure résidait en un pot de fleurs posé à même le sol dans un coin de pièce -, les murs mal tapissés, le plafond subissait déjà les taches d'humidité. La porte grinça quand elle l'ouvrit. Une odeur envahissante de moisit se fit sentir. Et pourtant, elle avait l'habitude de cette odeur; autrefois elle faisait la grimace; sa mine paraissait rayonnante mais au fond elle était grisâtre. C'est sans doute pour cela qu'elle ne vit pas tout de suite la fine enveloppe qui était déposée sur le sol de son entrée et qu'on avait du y faire glisser. Elle s'en aperçut lorsque son pied se posa sur celle-ci, elle entendit le bruit du papier qu'on froisse. Son regard vide et neutre, prêt à déborder de larmes, descendit doucement jusqu'au sol. Elle la ramassa, posa son sac à terre, laissa trainer sa veste sur le dossier d'une de ses chaises dont on se demandait encore comment elle pouvait tenir droite, et s'assit. Elle lut A celle qui m'a tout appris sur le devant.Elle l'ouvra. Son coeur s'accéléra. Elle pris cette lettre qui avait cette odeur du passé, des souvenirs qui remontent, le vieux papier comme elle l'aimait. On aurait pu entendre le coeur de Zoé battre à tout rompre. Elle s'absenta dans ses pensées un instant. Et les larmes ne tardèrent pas non plus à arriver.
Son écriture. Elle lui rappelait tellement de choses. Des souvenirs qui ressurgissent du passé et qu'elle tentait d'effacer. Mais tout lui rappelait ces moments de bonheur aujourd'hui oubliés. Ils avaient été heureux autrefois et souvent encore elle osait se demander ce qui avait bien pu leur arriver. Ce bonheur juvénile qui faisait d'eux des êtres libres, amoureux, insouscients. Cette jeunesse arrachée. Elle avait changée, lui également; ils avaient mûris, mais jamais elle ne s'en était lassée. Elle était lunatique, certes, Zoé passait du rire aux larmes en un court instant. Elle était amoureuse folle, et aimait la tendresse, mais cela lui posait également quelques petits problèmes. Elle n'osait toujours exprimer ses sentiments, son amour. Des petits mots gentils, des douces paroles d'amour, elle aimait ça plus que tout au monde, mais elle savait qu'elle n'étais pas du genre à trop en dire. Elle préférait même prendre ses distances parfois, pour réfléchir; quelle fille compliquée ! Mais jamais elle n'avait cessé de l'aimer. Et lui ? L'avait-il toujours aimer à ce point pour préférer en finir ? Il lui avait fait comprendre les maux, elle les avait analysés. C'était mieux ainsi : rupture définitive du couple. Rupture définitive des sentiments. Rupture définitive de l'amour. Rupture définitive de sa raison de vivre. Cette lettre, c'était lui qui lui écrivait. Elle avait peur d'y lire le contenu mais le fit quand même. Des excuses. Des remords. Des mots gentils et remplis d'admiration. Et pour elle, un nouveau couteau planté dans ce corps si fragile. Elle l'aimait pourtant ...

# Posté le samedi 19 avril 2008 13:23
Modifié le dimanche 20 avril 2008 08:17

Si les étoiles reviennent j'te jure que je te les décroche et pour apaiser ta peine j'en glisserai une dans ta poche

Si les étoiles reviennent j'te jure que je te les décroche et pour apaiser ta peine j'en glisserai une dans ta poche


Zoé était lunatique, peut-être trop. Après cette putain de lettre reçue, tout a été chamboulé. Ses pensées, ses sentiments, ses envies. Comment avait-elle pu laisser passer tant de choses. Certes, Zoé était compliquée; elle avait fait des erreurs monstrueuses, et elle avait bien décidé de recommencer. C'était d'après certains, une folle qui devait aimer se faire mal, aimer souffrir au point de sombrer. Elle y a déjà tellement goûter aux couleurs sombres des ténèbres, elle compte bien ne pas s'arrêter là. Il est toujours plus facile de descendre que de monter, il est toujours plus facile de se morfondre que d'exploser de joie. Les larmes étaient devenues ses amies, la tristesse entrait en elle et n'en ressortait que par des cris de desespoir, elle avait beau avoir mal, souffrir, provoquer l'incompréhension des gens qui l'entourent, elle se complaisait dans cet état. On voudrait lui foutre des grandes claques, mais tout ce qu'elle veut, c'est disparaître. Zoé fait chier, oh oui elle fait chier beaucoup de gens avec ses humeurs changeantes. Elle veut profiter, elle veut profiter du fin de vie qui lui reste. La fin semble si proche pour elle, elle pourrait la sentir, dire quel goût elle a. Cette putain de lettre qu'elle n'arrête pas de lire et qu'à chaque phrase finie, sa peine augmente. Ne vous méprenez pas! Ce n'était pas une lettre d'adieu, histoire d'en rajouter encore plus, de la trainer plus bas que terre. C'était une lettre d'espoir. Remplie de ce foutu espoir qu'elle attendait recevoir un de ces jours. Un espoir, de l'envie, un soupçon d'amour. Elle ressentait tout ça à travers sa lettre. Elle sentait qu'il était toujours sien, qu'elle était toujours sienne. Elle voulait, mais n'osait. Elle espérait, mais ne pouvait. S'en était fini de ces deux amants. Un gros point final à la fin d'un je t'aimerai toujours. Elle aurait pu repartir dans ses bras forts, s'enivrer au parfum du bonheur, redécouvrir la joie d'aimer et d'être aimer, mais sa souffrance était déjà à son paroxysme. Elle ne pouvait plus tenter de se tuer. Cette fois-ci ce serait la dernière fois. Et toujours aussi folle, elle décida cependant de s'y jeter à corps perdu. Une nouvelle histoire, une nouvelle boucle, des nouveaux sourires, des nouveaux baisers. La tentation était la plus forte, elle avait conquis ses gestes et ses pensées, plus rien ne la controlait. Elle voulait sombrer délicieusement, dans le désir qui brulait en elle, et faire de ses jours les plus beaux. Elle voulait finir sa vie dans ses bras, entourés délicatement autour de son corps si frêle de jeune fille. Tout était contradictoire en elle. Tout s'opposait. Et malgé tout, elle était là, à penser à lui, de nouveau, comme avant. Elle voulait, mais Zoé était effrayée. Effrayée de l'avenir et de ce qui pourrait bien arriver. Elle savait qu'elle était différente. Que des conneries elle en referait. Mais pour l'instant, elle voulait goûter un tout petit peu à l'amour, au vrai, à cette sensation de joie intense qui rendrait son corps bouillonnant, elle le voulait plus que tout. Elle avait décidé d'être enfin bien.
# Posté le dimanche 20 avril 2008 10:01
Modifié le mardi 22 avril 2008 14:45

Et si finalement le monde se complaisait dans sa médiocrité la plus absolue et si sa recherche du malheur était finalement plus forte que le bonheur ?

Et si finalement le monde se complaisait dans sa médiocrité la plus absolue et si sa recherche du malheur était finalement plus forte que le bonheur ?


Entendre un murmurement au fond de soi sans vraiment en connaître la raison. Craindre jour après jour ce que son subconscient lui reprochera sans cesse. Quel choix douloureux qu'est celui de l'envie de la raison. Ce même murmurement qui reprendra un jour, mais d'où vient-il vraiment ? Des fois, Zoé se disait que c'était peut-être Dieu qui essayait de se mettre en relation avec elle afin de l'aider dans sa route, de remettre en cause monsieur le destin. Quand elle se mettait à penser ça, inutile de préciser qu'elle finissait pas en rire tant la situation en devenait absurde. Elle n'était pas très croyante, mais un peu quand même : quand cela l'arrangeait, elle savait y croire. Paradoxalement, elle trouvait ridicule le fait de s'identifier à quelqu'un dont l'existence est toujours remise en cause. Zoé réfléchissait, beaucoup, peut-être même trop, sans cesse ; un jour c'est sûr elle aurait perdu tout sens, elle se serait écrasée toute seule. Des fois, Zoé se disait que c'était à cause de son environnement familial et social. Mais ce n'était que plaisanteries : elle n'en avait pas, son environnement pouvait être comparable au néant. Délaissée, abandonnée, elle se comparait à un oiseau voulant sa liberté et le voyage ; elle rêvait de n'être qu'un grain de sable au bord de cette mer qui viendrait le balayer. Zoé, aussi dérisoire puisse-t-elle être, était davantage étrange. Dans son logement pourri, elle s'ennuyait, elle tournait en rond ( facilitant sa réfléxion ), des fois elle pleurait lorsque toute raison la quittait, des fois elle mourrait, des fois elle survivait. Sa bouffée d'oxygène quotidienne elle ne la connaissait que trop peu. Elle essayait d'en trouver chaque jour, car chaque jour était une aventure pour celle qui avait oublié la notion du verbe vivre, chaque jour elle voyait se dessiner à l'aube du soleil une nouvelle quête à la satisfaction et au bonheur, chaque jour elle courait après un but quasi inexistant mais qu'elle essayait de se créer, de se trouver. Son amant, il pouvait lui apporter. Mais ne lui apportait que trop peu de bouffées. Dans la tête de Zoé trottait une petite fille naïve et inconsciente dont l'esprit était remplie de magie, de rêves, de guirlandes et de joie. Elle veut s'échapper, partir, laissez-la s'en aller, suggérait la femme à la robe verte qui parlait à sa mère. Elle s'était souvent demander qui pouvait-elle être, mais lorsqu'on est petit, on est toujours trop jeune pour tout savoir : cela en faisait partie. Zoé s'affala sur cette chaise bien trop dure et bien trop cassée. Elle la ramena sans doute à la réalité bien plus d'une fois. Le téléphone sonna. Elle se leva péniblement en tachant d'avancer aussi droit que possible. Son esprit n'était plus vraiment là où il devrait être. Dring, dring. Elle décrocha. Zoé ? Elle raccrocha. Sa voix n'était pas la bienvenue aujourd'hui, elle ne voulait pas l'entendre. Pitié, éteignez ce téléphone. Zoé, tu es bien trop idiote décidément, songa-t-elle.

# Posté le dimanche 27 avril 2008 16:16
Modifié le dimanche 27 avril 2008 16:32

Si l'étincelle se fait voir alentour, c'est qu'il faut encore y croire, et ne pas baisser les bras trop tôt, car l'espoir est toujours présent, même en elle, même en nous.

Si l'étincelle se fait voir alentour, c'est qu'il faut encore y croire, et ne pas baisser les bras trop tôt, car l'espoir est toujours présent, même en elle, même en nous.


Un pur rêve, une putain d'illusion pas encore tout à fait brisée. Zoé y croit un peu, même la plus infime partie d'elle croit toujours à ces choses secrètes qui feraient d'elle la plus belle et la plus épanouie des femmes. Elle se laissait aller au gré du vent et de la destiné qui soufflait en elle ; une part de liberté dans ce corps si fragile et cet esprit tourmanté, cette liberté naïve qui fait d'elle cette femme pas tout à fait adulte, mais qui obligée de l'être. Zoé était cette fille, une dépravée dans les yeux de laquelle une petite étincelle essayait toujours de briller, au fond. Il fallait y regarder attentivement, se concentrer sur sa vue, et y croire très fort. Et là, comme par miracle, comme tombé de nul part, l'éclat pas très net de cette flamme, qui surgissant du néant, apportait un sourire sur ses lèvres, mais trop vite estompé par la dur réalité du monde qui refaisait surface presque immédiatement. Et en une fraction de seconde, l'étincelle se cachait bien loin en elle. Zoé était pessimiste. La clarté assombrie de cet appartement ne tendait pas à lui redonner l'envie d'avancer. Tout était propice à cette chute vertigineuse, comme elle le révait souvent ; un trou noir, un bruit assourdissant, un regard vide de tout sentiment, et le vertige, la pente, la chute éternelle. Elle ne croyait plus en beaucoup de choses, elle aurait voulu y croire mais la flamme du bonheur était trop petite et bien trop fragile pour faire face à tant de cruautés qui l'entouraient. Les Hommes ne la comprenait pas, et tant mieux, car elle ne les comprenait pas non. Un refus de toute socialisation, qui bien malgré elle, la rendait si peu interessante aux yeux des autres. Seulement une personne avait su déceler en elle cette partie si charmante et belle qui l'habitait mais dont elle s'obstinait à ne pas extérioriser. Mais, passons, Zoé ne comprenait pas pour autant la logique de son espèce. Comme si tout autour d'elle, les divinités, les gens, l'au-delà, les esprits, les objets ; comme si tout s'était retourné contre elle, destiné à lui faire face avec violence. Sans doute, Zoé se sentait pitoyable, mais elle ne changerait pas, et pour qui aurait-elle du le faire ? L'endroit la déprimait, mais elle ne l'était pas. Des soirs, Zoé se posait sur un fauteuil, dont le tissu déjà bien usé par le temps commençait à se trouer, et son esprit partait d'ici, vagabondait à travers des champs de fleurs, le parfum qui l'enivrait et lui rappelait les doux moments de l'enfance, une légère brise qui caressait ses cheveux et faisait ressortir cette peau si délicate de jeune fille et ce sourire presque trop parfait ; alors elle courait jusqu'à perte de vue, comme si plus rien ne la retenait, même pas les mises en garde de sa mère, même pas les chaines invisibles qui bloquait tout en elle à ce moment là, même pas la douleur de ses jambes qui n'en pouvaient plus ; elle ne ressentait plus rien, et courait, bougeait ses bras tels un oiseau apprenant à voler afin de quitter le nid, elle voulait s'en aller pour toujours et ne plus revenir, voler vers la joie et l'évasion, le rêve tout simplement. C'était son souhait le plus cher. On sonna à la porte. Personne ne venait jamais sonner chez Zoé, elle se fichait de l'importance des gens, quels qu'ils soient, elle n'appartenait à plus personne désormais. Sa solitude devenait telle qu'elle se parlait à elle-même, bien plus souvent qu'on l'imagine. Un coeur troué mais pas tout à fait foutu. Elle voulait s'en aller, comme pour recommencer cette nouvelle vie qu'elle attendait tant. Plus rien à part lui ne pourrait la retenir. Les larmes, le sourire. Zoé était vraiment d'un naturel décevant et pessimiste, comme s'il existait en elle un gêne capable de refuser de goûter à toute sorte de bonheur aussi futile qu'il soit, et qui la rende dans cet état de décomposition sociale. Elle voulait y croire malgré son inaptitude à la croyance et sa capacité à la défaite. Sur son fauteuil sentant le moisi, contre cette tapisserie au mur infesté d'humidité, elle se laissait aller au rêve et au songe; et de l'extérieur, par la fenêtre, celui qui était venu sonner quelques minutes auparavant, aperçevait la lumière, il voyait la flamme, l'étincelle qui s'était ravivée en elle et qui éclairait son visage, il la voyait, et esquissa un sourire perturbé. Il monta dans sa voiture, et partit. Elle ferma les yeux, et sourit.

# Posté le jeudi 01 mai 2008 16:06
Modifié le jeudi 01 mai 2008 16:39